Campanien–Maastrichtien de Savoie

Alors que j’étais vacataire à l’Université de Strasbourg durant l’été 2003, pour inventorier les collections paléontologiques, j’ai découvert par hasard le moulage en plâtre d’un “Pachydiscusbrandti de la collection Révil. Ce Pseudokossmaticeras m’indiquait clairement la présence d’une faune d’ammonites du Campanien supérieur en Savoie, et des recherches supplémentaires dans les anciennes publications (Lory 1851, Révil 1911, Blondet 1919) m’ont confirmé la présence d’une faune diversifiée d’ammonites, bélemnites, oursins et inocérames.

 

Première visite en Savoie

C’est en 2004 que j’ai fait ma première incursion dans le Campanien de Savoie. Si l’on trouve quelques beaux affleurements, la faune est toutefois assez rare et généralement de conservation moyenne. J’y ai malgré tout découvert un Pachydiscus, des fragments de Baculites lisses, de Bostrychoceras, d’autres ammonites hétéromorphes, ainsi que des oursins, des Bélemnites et de nombreux inocérames dont quelques géants.

 

Ce gisement m’a paru si intéressant que j’ai voulu à l’époque en faire mon sujet de thèse, pour finalement me tourner vers la limite Turonien–Coniacien et découvrir Madagascar (ce qui fera l’objet d’un billet ultérieur). J’ai toujours conservé l’idée ce projet, et je suis retourné une première fois en Savoie en 2011 où des torrents en crues ont limité ma progression. J’ai découvert d’autres affleurements et un Diplomoceratidae d’assez bonne conservation.

 

Une faune du Campanien supérieur à Maastrichtien 

A l’été 2013, préparant une semaine de terrain en Savoie, j’ai réétudié les listes fauniques publiées par Révil (1911) et Blondet (1919), qui ont permis quelques conclusions partielles :

· Gaudryceras mite : détermination générique probablement juste. Cette espèce n’existe en principe plus au Campanien, et est donc à réviser. Elle ne fournit pas de données biostratigraphiques.

· Desmoceras larteti : probablement un Desmophyllites, taxon fournissant peu d’indications stratigraphiques fiables si ce n’est le Campanien supérieur à Tercis et le Maastrichtien supérieur le long de la Côte basque.

· Sonneratia rejaudryi : probablement un Hoplitoplacenticeras, indiquant le Campanien supérieur, de la zone à Hoplitoplacenticeras marroti de France ou de la zone à H. vari d’Allemagne, d’âge équivalent.

· Sonneratia daubreei : un Desmocerataceae à déterminer puisque Parapuzosia daubreei est une espèce santonienne.

· Pachydiscus brandti : le moulage présent dans les collections de Strasbourg de ce Pseudokossmaticeras indique la zone à Nostoceras (N.) hyatti du Campanien terminal.

· Pachydiscus cf. neubergicus : une détermination exacte indiquerait le Maastrichtien inférieur et donc la présence de la limite Campanien–Maastrichtien en Savoie. Spécimen à réviser.

· Pachydiscus cf. levyi : espèce du Campanien inférieur, dont la présence sur le gisement mentionné est douteuse puisque c’est le Campanien supérieur qui y affleure. Une confusion avec un autre Pachydiscus est probable.

· Pachydiscus linderi : détermination inexacte car cette espèce est turonienne et cet étage est réduit en Savoie à un très mince niveau argileux sans macrofaune. Par ailleurs le gisement mentionné est daté du Campanien supérieur.

· Pachydiscus isculensis : espèce du Santonien supérieur à Campanien inférieur. Détermination probablement inexacte pour les mêmes raisons que ci-dessus.

· Turrilites (Bostrychoceras) polyplocum “en curieux exemplaires” : Nostoceratidae à déterminer.

· Scaphites pulcherrimus : détermination probablement exacte vu l’âge compatible du gisement et le fait que Blondet (1919) n’a pu ignorer le mémoire de de Grossouvre (1894) dans lequel cette espèce très caractéristique est figurée avec exactitude. Espèce rattachée au genre Trachyscaphites.

· Scaphites constrictus : un Scaphitidae à déterminer, peut-être Hoploscaphites constrictus ou une autre espèce du Campanien ou du Maastrichtien.

· Scaphites tenuistriatus : mêmes remarques.

· Ancyloceras sp. : Ancyloceratina à déterminer.

Des recherches dans les bases de données des musées de Chambéry et Lyon n’ont pour le moment pas permis de retrouver ces spécimens.

 

La faune listée par les anciens auteurs suggère un âge Campanien moyen/supérieur à Campanien terminal ou Maastrichtien. L’objectif de la semaine en Savoie était de retrouver un maximum de faune permettant une datation plus précise et a permis d’établir les remarques suivantes :

· A la base du Campanien, les seuls Baculites sp. lisses n’apportent aucune information biostratigraphique.

· Aucune faune indiquant la zone à Hoplitoplacenticeras marroti / vari n’a été découverte pour le moment.

· Une faune des zones à Nostoceras (Bostrychoceras) polyplocum et Nostoceras (Nostoceras) hyatti sont présentes et permettent des corrélations avec entre autres les bassins Basco-cantabrique, d’Aquitaine, le Nord de l’Allemagne et la Pologne.

· De nombreux inocérames et des bélemnites permettent des corrélations avec le Campanien boréal.

 

Je ne publie volontairement que peu de photos d’ammonites pour le moment, les réservant à des billets ultérieur.

 

 

Références 

Blondet H. 1919. Note sur les Ammonites de la Craie dans la Vallée d’Entremont. – Bulletin de la Société d’Histoire Naturelle de Savoie 19, 147–151.

 

Grossouvre A. de 1894. Recherches sur la Craie supérieure : 2. Paléontologie : Les ammonites de la craie supérieure. – Mémoires pour servir à l’explication de la Carte géologique détaillée de la France 1–264, pls. 1–39.

 

Lory C. 1851. Sur la série des terrains crétacés du département de l’Isère. – Bulletin de la Société Géologique de France 9, 51–71.

 

Révil J. 1911. Géologie des chaînes jurassiennes et subalpines de la Savoie. – Travaux du Laboratoire de Géologie de la Faculté des Sciences de Grenoble 9(3), 622 pp.

 

 

Publié le : 13/09/2013 – Dernière révision : 31/01/2016