Caves troglodytiques et tuffeaux : le Turonien de la Vallée du Loir

VLC3 Yubariceras

Romaniceras (Yubariceras) ornatissimum, ex-collection particulière de la Vallée du Loir

Les ammonites du Tuffeau blanc de la Touraine et du Saumurois sont bien connues depuis les publications de Courtiller (1860, 1867). C’est depuis les travaux de Amédro et al. (1978) que leur biostratigraphie est connue dans le Saumurois. Les ammonites du Tuffeau de Poncé ont quant à elles été figurées en premier lieu par de Grossouvre (1899), mais leur biostratigraphie reste mal connue à ce jour. Il en est de même de la succession lithologique du Tuffeau de Poncé et du Tuffeau jaune de Touraine de la Vallée du Loir, dont seuls les levés cartographiques et les sondages fournissent quelques informations sur la lithologie, les variations d’épaisseurs et la micropaléontologie. Le tableau ci-dessous résume la stratigraphie des formations turoniennes de la Vallée du Loir.

 

Santonien
Coniacien
Craie de Villedieu
Turonien supérieur Tuffeau jaune de Touraine
Turonien moyen Tuffeau de Poncé
Turonien inf.–moy. Craie blanche à silex
Turonien inférieur Craie argileuse

 

 

La faune d’ammonites de Poncé

Ma première approche des ammonites du tuffeau de Poncé s’est faite un peu par hasard au début des années 2000, alors que j’étudiais une partie de la collection de l’Université Pierre et Marie Curie. Ces ammonites étant souvent de grandes dimensions, elles ne rentrent que rarement dans les tiroirs de la salle des collections paléontologiques. Elles trônent donc au sommet de grands meubles de bois, formant ainsi un bestiaire insolite aux tubercules et aux cornes mis en relief par les jeux de lumière. Romaniceras (Yubariceras) ornatissimum, Collignoniceras woollgari regulare, Collignoniceras papale, Pseudotissotia galliennei, ma fascination devant la beauté de ces ammonites fut immédiate et j’entrepris par la suite de trouver des affleurements de Tuffeau de Poncé et bien sûr des ammonites. Les difficultés du terrain me donnèrent bien du fil à retordre et mes recherches n’ont commencé à porter leurs fruits que récemment.

 

Ammonites du Tuffeau de Poncé et Tuffeau de Bourré, sous le regard attentif d’Edmond Hébert (1812–1890)

 

Hardgrounds, silex et lumachelles : des horizons repères pour caler les coupes

De manière générale, le Turonien affleure assez mal dans la Vallée du Loir. Les affleurements dépassent rarement 5 mètres d’épaisseur, et la corrélation d’une coupe à une autre est rendue difficile en raison de la tectonique en “touches de piano”. Il est souvent très délicat d’établir la chronologie relative de plusieurs affleurements proches. Par ailleurs, une partie des meilleurs affleurements sont souterrains, situés dans les anciennes exploitations de tuffeau reconverties en champignonnières ou en caves viticoles. Pour compliquer le tout, des érosions touchant le sommet du Tuffeau jaune de Touraine existent localement. L’exemple le plus parlant se trouve aux environs de Villedieu-le-Château, où le Tuffeau jaune à Subprionocyclus bravaisianus est directement recouvert par le membre calcaire (Coniacien) de la Craie de Villedieu. Cette coupe a contribué à répandre l’idée erronée d’une lacune du sommet du Turonien en Touraine. Les derniers termes du Turonien ont depuis été identifiés dans une autre coupe.

 

Pour “rééquilibrer” un peu les choses, les formations turoniennes contiennent des horizons-repères dont la succession permet dans une certaine mesure de corréler les coupes :

  • silex tabulaires ou discontinus, de couleur grise, brune ou noire
  • lumachelles à PycnodonteRhynchostreon, gastéropodes
  • discontinuités
  • hardgrounds

 

 

Le tuffeau jaune : des ammonites index bien présentes

Un des objectifs de ce travail est de vérifier s’il est possible de retrouver la zonation “standard” d’ammonites du Turonien d’Europe occidentale, notamment des parties moyenne et supérieure du Turonien. Les faunes du Tuffeau de Poncé ayant maintenant été bien repérées stratigraphiquement, l’essentiel du travail restant concerne le Tuffeau jaune de Touraine. Cette formation est “réputée” ne contenir que très peu d’ammonites, mais cette relative rareté n’empêche pas des découvertes occasionnelles qui s’avèrent précieuses d’un point de vue biostratigraphique. J’ai récemment identifié Romaniceras deverianum et Subprionocyclus bravaisianus, soit deux des trois biozones du Turonien supérieur. J’espère ne pas être au bout de mes surprises !

 

 

Quelques superbes ammonites du Tuffeau de Poncé de la collection de Grossouvre

 

 

 

Références

Amédro F., Badillet G. 1978. Répartition des Ammonites dans quelques coupes du Turonien des environs de Saumur (Maine-et-Loire). – Comptes Rendus de l’Academie des Sciences (D) 286, 323–325.

 

Courtiller A. 1860. Description de trois nouvelles espèces d’ammonites du terrain crétacé des environs de Saumur et des Ammonites carolinus et fleuriausianus à l’état adulte. – Mémoires de la Société impériale d’agriculture, sciences et arts d’Angers 3(3), 246–252, pls. 1–3.

 

Courtiller A. 1867. Les ammonites du tuffeau. – Annales de la Société linnéenne du département de Maine-et-Loire, Angers 9, 1–8, pls. 1–8.

 

Grossouvre A. de 1889. Sur le terrain crétacé dans le Sud-Ouest du bassin de Paris. – Bulletin de la Société Géologique de France (3) 17, 475–525, pls. 11–12.

 

 

Publié le : 28/04/2016 – Dernière révision : 02/05/2016